Jasmin et Michel

« Quand je me sais photographié, je me transforme en image… »
Roland Barthe, Mythologies

 

Nous avions choisi le lieu et quelques vêtements. Et nous avions choisi le regard de Simon. Nous ne l’avions jamais rencontré autrement qu’à travers de brefs échanges virtuels qui parlaient de part et d’autre – je crois – du désir de se connaître. Et à travers ses images.

Nous n’avions aucune exigence plastique. Juste être là, dans le paysage, ensemble ou seul – pour nous ou pour nos proches. Nous ne voulions pas de simples portraits, nous voulions des instants.

Pour moi, Michel, qui écrit ces lignes, l’après-midi fut une dense promenade. Parce que très rapidement j’ai su que le regard de Simon allait être bon – sans filtre. Que faire devant un objectif qui ne s’intéresse pas à ce qu’on y fabrique ? Qui n’embrasse que ce qui est simplement, évidemment là ?

Un objectif devant lequel on ne peut ou si peu échapper à soi-même est une chose rare et précieuse, attirante et repoussante à la fois. Se transformer en image devant un photographe est un si joli refuge pour donner à voir ce que l’on veut bien faire croire. Mais devant Simon, ce n’est pas si simple. Il sait attendre que le miroir craque. Donner à voir est un acte radical.

Une promenade, donc. Entre le désir d’être vu et la terreur de l’être. Entre l’abandon, l’oubli et, on ne sait trop, c’est parfois affolant, la question que l’obturateur nous posera à travers sa capture, devant l’image figée, à venir, sur papier ou écran.

Une promenade. Tantôt seul. Tantôt avec Jasmin. Tantôt avec Simon. Tantôt tous ensemble. Avec Cayenne, notre petite chienne. Nous. Parfois perdu. Parfois sur le bon chemin. Et le regard que nous avions choisi qui rassure : il ne se posera pas sur ce que nous fabriquons, il accueillera ce que nous sommes et restera preste dans une pudeur gracieuse, silencieuse.

Ne reste soudain que l’instant. Et la lumière et l’ombre de l’instant. Et le bruissement de ce que nous sommes. En éclat. Perçant le spectacle du nous.

 

Michel Lemelin, avril 2017

Simon Emond

La photographie documentaire me permet de raconter, de militer et surtout de poser des questions. Je m’inspire d’une rencontre sincère, aussi enveloppante soit-elle, afin de créer un univers brut, intemporel et qui parle de lui-même. Le noir et blanc assumé reste pour moi la meilleure façon de revenir à l’essentiel, au vrai.

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