Crève Cheval

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Crève Cheval

Présentée au centre d’artistes Caravansérail, à Rimouski, Crève Cheval a été conçue en dialogue direct avec l’architecture de l’ ancien cinéma qu’occupe le centre. Plutôt que de corriger les contraintes du lieu — son plafond démesurément haut et son plancher incliné —, je les ai utilisées pour transformer entièrement l’espace d’exposition.

La pente naturelle de la salle m’a permis d’y aménager un vaste bassin contenant plus de 2 000 litres d’eau. Au-dessus, un imposant miroir incliné exploite la hauteur du lieu. Six photographies immergées dans le bassin, présentées sous forme de caissons lumineux, se prolongent ainsi dans les reflets de l’eau et du miroir, brouillant les repères de l’espace.

Crève Cheval prend racine dans une expérience vécue en 2017, lorsqu’une crue exceptionnelle fit monter dangereusement les eaux du lac Saint-Jean, sur les rives duquel j’habite. À la suite de cette crue, le corps d’une grande faune fut retrouvé échoué devant la maison d’une de mes anciennes enseignantes. Lorsque je me rendis sur place pour le photographier, elle me confia y voir un mauvais présage, comme si ce corps rejeté par le lac annonçait sa propre mort. Quelques mois plus tard, elle décéda subitement d’une rupture d’anévrisme, devant ses élèves.

Cet événement a ravivé chez moi des questions sur ce que le lac conserve, enfouit et finit parfois par nous rendre. Ses eaux portent elles-mêmes la mémoire d’un drame historique : en 1926, une inondation planifiée transforma le lac Saint-Jean en réservoir hydroélectrique, engloutissant des territoires habités et bouleversant durablement les communautés. J’en suis venu à imaginer cette mémoire collective comme une présence qui persiste sous la surface et cherche parfois à refaire irruption dans le présent.

Crève Cheval explore ainsi une zone incertaine où les morts, les souvenirs et les récits engloutis semblent encore circuler entre deux mondes. Une sorte d’au-delà où les images semblent refaire surface, comme si elles remontaient d’un endroit où le lac les avait longtemps gardées.

2026

 

À la mémoire de Suzie et son psychopompe

 

Scénographie : Critérium et Cédric Delorme-Bouchard
Conception : Evens Émond, Jean-Marie Benoit, Simon Gauthier, IC Events, Extenzo, Infravert
Technicien : Evens Émond, Jean-Marie Benoit
Impression : Groupe Têtu, Deschamps
Design graphique : Critérium
Texte : Michel Lemelin

 

Cliquez ici pour lire le récit qui accompagne l’exposition